Publications sur Econostrum.info

24 avr

Articles publiés lors d’un stage à Econostrum, entre février et avril 2012.

Pizzorno Environnement a réalisé 17% de son chiffre d’affaire au Maghreb en 2011, publié le 24.04.2012

L’Ipemed prone un espace numérique méditerranéen, publié le 13.04.2012

L’Eurispes dénonce l’économie souterraine italienne, publié le 02.04.2012

Les dirigeants financiers modifient leurs comportement, publié le 28.03.2012

Mode : protéger les filières de production, publié le 27.03.2012

Baisse des investissements étrangers en France en 2011, publié le 22.03.2012

Le Forum méditerranéen de l’eau livre ses solutions, publié le 16.03.2012

Le Fonds stratégique d’investissement affiche un résultat net de 628,8 M€ pour l’année 2011, publié le 08.03.2012

Le PIB de l’Union Européenne a baissé de 0,3% au quatrième trimestre 2011, publié le 07.03.2012

Le réseau Pano Boutique poursuit son développement à l’International en se concentrant sur le Maghreb, publié le 05.03.2012

Fortes perspectives de croissance pour Naturex, publié le 14.02.2012

Augmentation du taux d’emploi des personnes âgées en Europe du sud, publié le 31.01.2012

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La prescription de George Soros : une régulation de la finance au niveau international

27 jan

Fondateur de l’un des premiers et des plus performants Hedge Funds, George Soros est aujourd’hui opposé au système financier international. Son combat : la nécessité d’une régulation au niveau mondial, un constat qu’il livre à travers toutes ses analyses économiques.

Il y a plusieurs décennies que Georges Soros a pénétré le monde de la finance. Il a assisté à son évolution fulgurante et traversé la plupart de ses crises. Fort de son expérience, il livre aujourd’hui une analyse du contexte économique, évoquant la crise financière, la Chine et les faiblesses de la zone euro. Ainsi, dans les proportions “dramatiques” qu’a pris la crise, il incrimine les institutions américaines, et particulièrement la Réserve Fédérale et le Trésor. Il leur reproche notamment d’avoir laissé la banque Lehman Brothers faire faillite, un événement qui aurait “changé la donne”, marquant le début de la crise financière. Pour lui, le nouveau moteur de l’économie mondiale est la Chine. Moins touchée par la crise, elle s’en serait relevée plus rapidement, étendant au passage son rayonnement international. Enfin, George Soros pointe les failles intrinsèques de l’union monétaire européenne, leur attribuant le déclenchement de la crise de la dette.

La prescription de George Soros : une régulation du système financier international

Une crise de la dette qui verrait ses conséquences s’étendre bien au delà des frontières européennes : “Faute de résoudre le problème de la dette souveraine des pays de la zone euro, on pourrait assister à la déliquescence du système financier international.” A problème global, réponse globale donc, une solution préconisée depuis longtemps par l’économiste qui voit l’évolution du système financier international comme une menace. Ainsi, il attribue la crise économique à un manque de régulation financière – qui aurait laissé trop de pouvoir aux institutions américaines, fautives selon lui – et préconise “une régulation coordonnée au niveau mondial” pour en sortir. Pour atteindre cet objectif, une collaboration étroite des états serait indispensable : “Nous devons conjuguer nos efforts pour construire un nouveau système de réglementation”, déclarait le financier, le 5 février 2010, à Hongkong.

Une personnalité atypique du monde de la finance

Aujourd’hui, George Soros représente donc la contestation du système financier international. Une position difficile à croire lorsqu’on se penche sur sa vie. Diplômé de la London School of Economics en 1953, le jeune financier fait ses armes à la City puis à Wall Street. En 1969, il crée le Quantum Fund, qui sera l’un des Hedge Funds les plus performants de l’Histoire. Pourtant, Georges Soros n’a rien de l’archétype du spéculateur. Instruit, il livre son analyse économique dans plusieurs ouvrages et articles. Il s’implique, en tant que fondateur ou simple donateur, dans de nombreuses fondations et oeuvres humanitaires. Enfin, il s’engage politiquement, soutenant ouvertement les campagnes du parti démocrate depuis 2004. C’est dans son attachement égal pour l’économie de marché et pour la démocratie qu’on retrouve l’influence du maître de George Soros, Karl Popper. Il lui rend d’ailleurs hommage dans ses livres (Open Society : Reforming Global Capitalism, etc.et dans l’une de ses fondations (l’Open Society Institute).

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Le discours annuel sur l’état de l’Union : le bilan économique d’Obama… et son entrée en campagne

25 jan

Durant son discours annuel sur l’état de l’Union, Barack Obama a fait une place d’honneur au bilan économique, évoquant au passage une des valeurs les plus chères des Etats-Unis, la solidarité. Un véritable discours de campagne, selon certains.

Pour Barack Obama, le système d’imposition n’est pas juste et il devrait faire l’objet de la responsabilité partagée. Rappelant  que le pays a perdu 1000 milliards de dollars dans les niches fiscales bénéficiant aux 2% des Américains les plus riches, il a pressé le Congrès de réformer le système d’imposition afin que les plus hauts revenus paient « leur juste part ». En revanche, il a souhaité reconduire le dispositif d’allègement fiscal mis en œuvre l’année dernière : « Notre priorité la plus immédiate est d’arrêter d’augmenter les impôts de 160 millions d’Américains alors que la reprise est encore fragile ». Et d’user d’une comparaison percutante : « Aujourd’hui, Warren Buffet bénéficie d’un taux d’imposition plus faible qu’une secrétaire ». Rassembler le pays, un « vieux thème » selon Terry Moran d’ABC News, que Barack Obama veut appliquer aussi à l’économie : « A chaque fois que je regarde ce drapeau, je me souviens que nos destins sont liés, comme ces 50 étoiles et ces 13 bandes ».

Barack Obama entre en campagne

Le président explique cette stagnation économique par les constantes chamailleries à propos de la dette au sein même de Washington. Il dénonce ainsi « une influence corrosive de l’argent sur la politique » et incrimine le Congrès : « Envoyez-moi un projet de loi interdisant les délits d’initiés des membres du Congrès, je le signe demain ! ». Une bonne stratégie d’après Terry Moran, à l’heure où seulement 13% des Américains approuvent le travail des élus : « S’il n’est pas le président le plus populaire, le Congrès est, lui, vraiment impopulaire. » Pour finir, le président en place n’aura pas omis de rappeler les points positifs de l’année écoulée, résumés ainsi par le journaliste : « Ben Laden est mort, General Motors est vivant ». Pour ce dernier, pas de doute : à quelques mois des élections présidentielles, il s’agit bien là d’un véritable discours de campagne.

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Le « say on pay », pour redonner aux actionnaires un droit de regard sur leur argent

10 jan

Revenus mirobolants, « retraites-chapeaux », parachutes dorés… La rémunération des dirigeants des entreprises cotées fait couler beaucoup d’encre et ne cesse de stupéfier le grand public. Face aux abus de l’exécutif, la solution du « say on pay », qui donne un droit de regard sur les revenus des dirigeants aux actionnaires de l’entreprise, fait de plus en plus d’adeptes.

Depuis le début des crises, le débat sur la rémunération des cadres dirigeants des entreprises n’a cessé de s’amplifier, notamment parce qu’elle a fait l’objet d’une hausse considérable ces dernières décennies. Ces tendances ont été confirmées par les conclusions de Paul Krugman, Prix Nobel de l’économie 2008. En effet, l’auteur de L’Amérique que nous voulons a comparé les chiffres de 102 grandes sociétés américaines et le constat est sans appel : en 1970, le revenu moyen de ces PDG était de 1,2 million de dollars par an (soit 40 fois le salaire de l’actif moyen à l’époque) ; en 2000, il s’élevait à plus de 9 millions (367 fois plus élevé que celui du salarié moyen).

Ces chiffres extravagants ont rapidement entraîné des polémiques médiatiques dans de nombreux pays. En Frances, les cas de Daniel Bertrand et d’Henri Proglio sont exemplaires. Le premier, dirigeant de Carrefour, a touché pour son départ de fortes indemnités ainsi qu’une retraite supplémentaire, dite « retraite-chapeau », pour un total de 29 millions d’euros. Plus récemment, Henri Proglio a cherché à cumuler les rémunérations de son poste de PDG d’EDF et de celui – purement  honorifique – de Président non exécutif chez Veolia. Suite aux scandales provoqués par ces affaires, Carrefour a pris la décision de ne plus accorder ces fameuses « retraites-chapeaux » à ses dirigeants et Henri Proglio a renoncé à sa rémunération chez Veolia.

Selon Paul Krugman, il n’y a rien d’étonnant à ces revirements de politique qu’il attribue à des facteurs sociaux. Pour lui, rien ne saurait limiter la rémunération des cadres si ce n’est la divulgation de cette rémunération. Dans les deux exemples précédemment cités, une importante couverture médiatique suscitant le débat aura en effet suffi à faire revenir sur leurs pas les preneurs de décisions.

Le « say on pay », une solution ?

Pour réguler cette frénésie, on peut imaginer un contrôle plus important des actionnaires de l’entreprise sur ses gestionnaires. Des votes consultatifs ont déjà montré la colère de plusieurs assemblées générales à l’encontre de leurs cadres dirigeants. Ainsi, le 19 mai 2009, lors d’une réunion de l’assemblée générale du groupe pétrolier Shell, près de 60% des actionnaires ont voté contre la résolution sur la rémunération des cadres dirigeants. Bien que leur avis n’ait été que consultatif, l’entreprise s’est engagée à en tenir compte. De même, lors de l’assemblée générale du groupe BP, le 17 avril 2009, 56% des actionnaires ont opté pour un gel de la rémunération des dirigeants du groupe alors que le Conseil d’Administration proposait une augmentation de 16% de sa partie fixe et de ses bonus.

Si le « say on pay », c’est-à-dire le vote au moins consultatif des actionnaires sur la rémunération des dirigeants, est aujourd’hui possible dans de nombreux pays, ce concept pourrait bientôt devenir une règle générale. Les fonds éthique et les fonds de pension militent souvent pour ce genre de mécanisme. En Suisse, Ethos et huit autres fonds de pension ont proposé une résolution « say on pay » auprès des capitalisations ABB, Crédit Suisse, Nestlé, Novartis et UBS. A l’exception de Novartis, toutes ont accepté de soumettre à l’Assemblée Générale des actionnaires l’ensemble du rapport de rémunération. Même scénario pour le fonds de pension des fonctionnaires de l’Etat de Californie (CalPERS) qui a demandé récemment des votes consultatifs sur la rémunération des dirigeants à 17 institutions financières.

Depuis peu, le « say on pay » fait même l’objet d’une loi aux Etats-Unis. En effet, le « volet gouvernance » du Dodd-Franck Act (visant à corriger les problèmes responsables de la crise de 2008) prévoit plus de transparence pour la rémunération des dirigeants. Ainsi, le revenu des cadres dirigeants des entreprises cotées devra être soumis, à titre obligatoire, au moins tous les trois ans, au vote des actionnaires qui n’aura plus valeur consultative mais s’imposera aux entreprises concernées. Une loi qui pourrait bientôt également faire école en Europe, s’appliquant alors à l’ensemble des pays membres de l’Union Européenne.

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Les inondations : le réveil du sud

13 déc

Depuis peu, les habitants de la région PACA sont confrontés à de violentes inondations, inédites par leurs conséquences humaines et matérielles. En cause : l’urbanisation des zones sensibles qui rend impossible une évacuation naturelle de l’eau. Face à ce constat, les mentalités commencent lentement à changer…

La crue de l’Ouvèze à Vaison-la-Romaine en 1992 : 37 morts, 5 disparus. Celle du Rhône à Arles en 2003 : 7 morts, 8000 sinistrés. Les inondations du Var en 2010 : 26 morts. Depuis 20 ans, le sud-est de la France vit au rythme de ces drames aquatique. Des événements sans précédent laissent les autorités et les populations sans moyen de lutter, installés dans une tradition du beau temps qui n’envisage pas de tels sinistres.

Pourtant, les caractéristiques météorologiques et géologiques de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur n’ont pas changé. D’après Thierry Offre, de Météo France, les précipitations n’ont pas augmenté ces dernières années – certaines zones, comme le Vaucluse, seraient même déficitaires : “Les études statistiques menées ces 50 dernières années ne montrent pas d’évolution de la fréquence des pluies diluviennes sur les régions méditerranéennes de la France.” Le climat, méditerranéen, provoque des crues depuis toujours : “Il pleut autant ici qu’à Paris, mais c’est sur une durée très courte. Ce sont des pluies plus concentrées, de violents orages. De nombreux cours d’eau réapparaissent très violemment lors de ces épisodes pluvieux”, explique Yannick Galvin, le directeur littoral de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerrannée-Corse. Il en va de même pour les caractéristiques géologiques de la région, dont la diversité favorise les différents types d’inondation : “Le territoire de la Région PACA est très contrasté allant d’une typologie alpine au nord est jusqu’à un caractère marécageux au sud ouest. Cette variabilité morphologique induit des inondations tout aussi variées allant des crues torrentielles aux submersions marines”, selon les documents de la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement).

En cause : une urbanisation galopante

Ce n’est donc pas le caractère exceptionnel ou récent de ces inondations qui provoque les terribles dégâts constatés ces dernières années. Un nouveau facteur s’ajoute : celui de l’urbanisation galopante des zones concernées. “Avant, la terre absorbait l’eau”, explique Pascal Dehons, de la direction de l’eau et de l’assainissement (MPM), “maintenant elle est recouverte de bitume. Du coup, l’eau ruisselle au lieu de s’infiltrer. De ce point de vue, l’urbanisation a fait empirer la situation”. De même pour l’urbanisation des zones sensibles, c’est-à-dire le “lit majeur” des cours d’eau qui se remplit naturellement en cas de crue. Si des bâtiments sont construits à ces endroits, le débit d’eau sera d’autant plus intense qu’il y aura formation d’un goulet d’étranglement : “Le volume d’eau passe quoiqu’il arrive. Donc il passe plus fort si on réduit les possibilités de passer.” La présence trop prégnante de la ville, on l’avait déjà constatée à Vaison-la-Romaine : “L’événement météorologique important semble avoir été amplifié par les modes d’occupation du sol et de gestion des lits des cours d’eau.”

Une adaptation progressive

Dans le petit village du Vaucluse, une nouvelle politique d’aménagement du territoire a été mise en place après le drame. Avant tout, la mairie a déclaré complètement inconstructibles les secteurs les plus exposés, le long de l’Ouvèze, et dont les bâtiments étaient de toute façon jugés complètement insalubres après le passage des coulées de boue. La commune a également voulu redonné sa place à la rivière, mais en respectant les règles de sécurité : un élargissement du lit du cours d’eau et son “enrochement” naturel.

A Arles aussi, il y a eu une prise de conscience. Après les crues du Rhône de 2002 et 2003, le SYMADREM (Syndicat Mixte interrégional d’Aménagement des digues du Delta du Rhône Et de la Mer) a été chargé de la mise en place d’une politique de prévention des crues cohérente et solidaire sur l’ensemble du bassin. Selon Jacques Guillot, son directeur, cette stratégie serait “axée sur des principes de solidarité face aux crues et des choix d’aménagement du territoire”. Les régions Rhône-Alpes, PACA et Languedoc-Roussillon ont donc fondé ensemble le Plan Rhône en 2006. Dans son volet inondation, ce dernier prévoit notamment des travaux des quais et la restructuration des digues du Rhône. De quoi éviter de nouveaux drames.

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Le web : nouvel Eldorado de l’information à Marseille

9 nov

Influence politique sur les journaux, financement des médias par les collectivités locales, hégémonie de La Provence… Marseille souffre d’une offre médiatique moribonde. Pourtant, la deuxième ville de France a vu naître plusieurs pure-payers ces derniers mois, comme une alternative à cet état de fait.

Le premier, Marsactu, voit le jour en janvier 2010. Pierre Boucaud, son fondateur, a un objectif : lancer un média d’information local à Marseille afin de combattre le monopole de La Provence. Il crée un site généraliste et quotidien, qui traitera de tous les sujets avec un ton différent – “un ton un peu plus Internet, un peu plus cash, un peu plus direct, un peu plus léger” – et qui profitera à fond des nouveaux outils qu’offrent le web – texte, video, son, photos, liens, mais aussi produits du datajournalisme. Pour lui, ce qui compte, c’est d’“innover. Innover dans le traitement éditorial, dans le fond et sur la forme.” Si Marsactu vit aujourd’hui de la publicité locale et de la formation, un troisième volet économique sera bientôt mis en place : un site d’achat groupé, sur le modèle de Groupon, autour de la culture. Des moyens qui doivent assurer au média son autonomie, et donc son indépendance politique.

Un an plus tard, News of Marseille apparaît sur la toile. Rapidement, Marsactu révèle les ficèles de son financement : le site appartient à la société SMA Media… elle-même détenue par Alexandre Guérini, de quoi s’interroger sur l’objectivité du webzine. Pierre Boucaud condamne son concurrent : “Je ne fais pas le même métier qu’eux. Leur argent, c’est au mieux celui de l’évasion fiscale, au pire celui de la corruption. J’appelle ça du blanchiment éditorial.” Jean-François Carias, rédacteur en chef de News of Marseille, s’en défend : “Le jour où on m’accusera d’avantager untel ou untel, j’arrêterai”. Pour lui, cette aisance financière permet au contraire une totale liberté de ton. Pour se distinguer, l’ancien chef de LCM a pris le parti de “raconter l’histoire sous un angle tout à fait original, tout à fait nouveau”. Ici, l’actualité est traitée dans un rythme hebdomadaire, pour “prendre du recul sur l’information”.

En deux ans, Marsactu et News of Marseille se sont partagé l’audience des internautes, à se demander s’il reste une niche pour de nouveaux entrepreneurs. C’est pourtant le pari de Stéphanie Harounyan et Frédéric Legrand qui ont ouvert Chez Albert, le 24 octobre dernier. En référence, donc, à Albert Londres, le site propose une optique décalée de l’information pour mettre en exergue un temps “en dehors” de l’actualité. “On se pense comme un laboratoire : on teste de nouvelles choses et on revendique ce côté artisanal”. Un concept innovant pour lequel les journalistes ont mis “leurs deniers sur la table” : “Nos investisseurs, c’est nous. Aujourd’hui, on veut s’amuser. C’est un luxe total qui aboutira sûrement à un crash !”, confie, rieuse, Stéphanie Harounyan. Le financement du site s’appuie en effet sur un support inattendu : la générosité des lecteurs. Ainsi, les internautes – mécènes ou simplement attachés à la pluralité de la presse – peuvent dès aujourd’hui, pour 1,50 euro, “payer un café à Albert” (prix indexé sur l’expresso Place de la préfecture).

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La Joliette : fracture entre la misère d’une population et la vitrine économique d’Euromed

2 nov

Anémique depuis le transfert des activités de son port autonome, le quartier de la Joliette avait certainement besoin d’une réhabilitation. Mais le projet Euromed, entre fausses promesses et violences sociales, suscite la colère des habitants.

La Joliette, un mercredi matin. Les immeubles neufs brillent sous la pluie mais les rues  sont toutes plus désertes les unes que les autres. Au bord de l’eau – et au milieu des chantiers – se trouve le fameux bâtiment des Docks, réhabilité depuis 2002 en un immense complexe de bureaux. En son sein, le centre d’informations d’Euroméditerranée, l’immense entreprise immobilière qui métamorphose le littoral marseillais depuis 20 ans. Le jour de notre visite, c’est Laurie qui nous accueille dans cette grande salle dont les murs recouverts de kakemonos explicatifs, les étagères enfouies sous les prospectus et une immense maquette de la Marseille de demain illustrent les projets : l’immense complexe multitâche d’Euromed Center, le centre commercial des Terrasses du port, l’Hôpital Ambroise Paré – Paul Desbief…

Elle est loin, l’époque glorieuse du port autonome, quand le quartier n’était habité que par des familles de navigateurs. Gisèle Gros-Coissy, déléguée à la Culture et au Contrat Urbain de la Cohésion Sociale à la mairie des 2e et 3e arrondissements, raconte comment la Joliette en est arrivée là : “Il y avait une grande dynamique commerciale et artisanale autour du port qui a été stoppée nette par le transfert des activités à la Fosse et à Arenc. La perte d’activité a été génératrice de chômage et de pauvreté. Le quartier a perdu ses forces vivres et s’est peu à peu dégradé. Aujourd’hui, le projet Euromed comporte à la fois de la réhabilitation, la construction de bâtiments publics et des projets structurants.”

Une mutation qui, malgré de belles ambitions – “la création d’un véritable quartier de vie au rayonnement international”, ne séduit pas les habitants du coin. Sur la place de la Joliette et dans les rues immédiatement adjacentes, on retrouve un peu de ce qui donnait à ce quartier son côté humain : ici, des commerces de proximités, quelques baraques et même un petit marché vivotent encore.

Au PMU de la rue Forbin, les habitués se remémorent leur jeunesse avec nostalgie. Le premier, “Appelez-moi Jacques”, est né ici, comme ses parents. Il parle d’un temps où “on laissait la porte ouverte”. Aujourd’hui, la criminalité a pris le pas, “on n’a même pas confiance en son voisin”. L’idée de réhabiliter le quartier lui plaît, mais “ça traîne en longueur” : “ça sera bien pour ceux qui le verront, peut-être dans 50 ans”. En attendant, “ils expulsent tout le monde et ils doublent les loyers”. “Une politique du rien”, conclut-il.

Expulsé, Mussa l’a été, de l’Avenue de la République quand les travaux ont commencé. Aujourd’hui, on l’a relogé tout à côté, pour 850 euros de loyer… alors que son budget mensuel total est de 1000 euros. Le projet Euromed, pour lui, c’est “plus de mal que de bien” : “Tout est refait, c’est bien – les bars, la Poste, le tram… – mais il n’y a rien pour nous…”.

Et puis “B.”, de la première lettre de son nom de famille, nous expose ses conclusions. Il habite la Joliette depuis 1987, date à partir de laquelle les loyers n’ont cessé d’augmenter, et fait la même remarque que ses camarades sur les beaux projets d’Euromed : “il n’y a pas assez de logements sociaux, et ils expulsent de plus en plus de personnes !”. Une situation que même Laurie avoue à demi-mots : “la première intention d’Euromed était économique”, le premier but “d’attirer des investisseurs privés”. Et en ce qui concerne les logements sociaux, “le minimum est de 20%… je pense qu’on s’y cantonnera”.

Contrairement aux belles promesses de l’entreprise – “Comme ce quartier ne veut pas se transformer en no man’s land à la fermeture des bureaux, on y construit aussi des logements, des hôtels, des commerces de proximité, des écoles…”, la Joliette est devenue un quartier d’affaires plus qu’un lieu de vie. Une conséquence que ressentent aussi les commerçants. Sylvie est pharmacienne depuis 12 ans. Elle se plaint d’une perte d’activité “par rapport aux gens qui n’habitent plus ici”. “Des petits commerçants, c’est simple, il n’y en a plus. Maintenant, ça ne sera que des grandes enseignes et des chaînes”. Les seuls qui subsistent sont les snacks et les petits restaurants, ouverts uniquement le midi pour sustenter les travailleurs du quartier, “le soir, tout est mort ici”.

Gisèle Gros-Coissy fustige elle aussi cette situation : elle critique un projet immobilier peu soucieux des habitants, “c’est loin d’être réjouissant : il y a une véritable fracture entre une population qui se paupérise et cette belle vitrine touristique et économique qu’on veut vous montrer. Il aurait fallu accompagner ces mutations avec des mesures adaptées.” Le verdict est sans appel : “on a dévitalisé ce quartier et, pour l’instant, on ne l’a remplacé par rien.”

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